Les traumatismes scolaires, c’est un faux problème ?

– Les p’tites misères de l’école, c’est pas grave, si ? ça fait longtemps que je suis passée à autre chose ! 
– Pourtant, si : ça peut etre grave; et même s’appeler traumatisme scolaire.

 

Depuis Freud, il est devenu habituel de chercher l’origine de nos difficultés dans la famille :  les relations aux parents, aux frères et sœurs, à la famille dans son ensemble…
On peut chercher plus loin avec la psychogénéalogie, c’est vraiment utile aussi.

Mais l’école ? Ne s’est-il rien passé pendant cette période où on devait :
– rester «sage» (= assis sans bouger) pendant des heures
– apprendre ce qu’on voulait qu’on apprenne, sous le «chantage quotidien» des notes.
J’en passe et des «meilleures».

Tout cela laisse des traces dans l’inconscient, qui peuvent être très bloquantes.

 

Les traumatismes, c’est seulement des chocs ? Non

Les traumas n’ont pas forcément l’intensité d’un tremblement de terre, d’une guerre, d’un viol. Mais ils peuvent créer des blocages qui auront beaucoup de conséquences dans les années qui vont suivre. Et  « le temps » ne suffira pas à les guérir. 

« Le temps » tout seul ne suffit pas, au contraire : un trauma est imprégné dans l’inconscient, il génère de nouvelles situations douloureuses qui l’aggravent (cercle vicieux), jusqu’à ce qu’on soit tellement malheureux qu’on fait tout pour résoudre le problème. On pourrait commencer plus tôt, ce serait plus simple !

 

Les événements sont vécus différemment par chacun

Dans cet article, il sera question des traumatismes scolaires : en ayant observé beaucoup dans ma carrière d’enseignante, puis de thérapeute, puis « d’enseignante-et-thérapeute », j’ai un peu tendance à regarder dans cette direction, quelquefois trop. C’était quelquefois une surprise quand une cliente me disait : « L’école ? C’était les meilleurs moments de mon enfance. » 
Sûr que quand on a des parents maltraitants, alcooliques et pervers, les petites histoires de prof mal embouché paraissent une oasis rafraichissante. On voit tellement pire, au quotidien ! 

Ou même, certains ont décidé de « prendre le bon côté des choses », et de laisser ce qui ne leur convient pas. Ainsi, Annick, après une scolarité heureuse dans une école catholique, a conclu qu’elle avait intégré que « Dieu l’adorait et l’approuvait dans tout ». Mais que le discours chrétien sur la sexualité, sur l’argent, et sur l’enfer : non merci, elle leur laissait tranquillement. 

Ce discours-là pourtant, beaucoup ne s’en sont jamais remis. 

 

Le trauma est défini par ce qu’il génère

Souvent, des gens bien intentionnés disent d’une situation : « Oh la la, pauvre de toi ! On ne peut jamais s’en remettre, d’une épreuve pareille ». Dans ce cas, ils ont juste perdus une bonne occasion de se taire. 👍🏻

Eux ne s’en remettraient que très difficilement, sans doute, peut-être dans 10 incarnations. La personne à qui ils parlent pourra peut-être gérer le problème… surtout si elle ne se laisse pas influencer par ces sornettes.

Les drames sont toujours subjectifs : ce qui définit un drame, à mon avis, c’est les croyances qui vont se former suite à cet événement. Pas seulement les croyances : aussi les émotions, et tout ce qui s’engramme physiquement. 

 

Les trois sont liés (croyance, émotion, engrammage).

Exemple : devant l’obligation de passer des heures assis à un bureau, à un âge où tout en nous est fait pour courir partout et explorer le monde, que va-t-il se passer ? Le corps engramme l’interdiction de bouger, et la peur qui l’accompagne. Ce qui donne : 
– croyance inconsciente, qui peut durer bien au-delà de la scolarité : si je bouge, ça va mal se passer
– émotion : peur
– engrammage dans le corps : des réflexes de crispation, de tension permanente. Et tous les dégâts physiques qu’ils occasionnent à long terme… 

 

Epées de Damoclès ou résilience ? Un autre exemple

Certains enfants sont traumatisés par le divorce de leur parents, en reparlent encore 50 ans plus tard à leur thérapeute comme du pire moment de leur vie. Ils ont peut-être conclu que : 
– des épées de Damoclès sont toujours suspendues au dessus de leur tête, on doit toujours s’attendre à des catastrophes
– les relations de couple se terminent toujours mal. 

D’autres enfants sont plutôt contents d’échapper enfin aux disputes incessantes, peut-être même d’être dans la même « équipe » que ses meilleurs copains dont les parents sont divorcés aussi. (cr le film « Une semaine sur deux (et la moitié des vacances scolaires »)
Ils auront plutôt développé des croyances résilientes telles que : « Bon, faut voir le bon côté, la vie continue ». 

 

Certains traumas surgissent brusquement, d’autres s’accumulent insidieusement, pas toujours de manière percepible, on se fait croire que c’est normal. D’autres encore s’infiltrent lentement dans toutes les cellules du corps, dans les mémoires inconscientes (l’apprentissage de la soumission, l’impuissance acquise, par exemple).

On parlera des trois dans les paragraphes suivants.  

 

1. Traumatismes brusques

Les traumatismes peuvent effectivement être intenses et limités dans le temps (comme le « traumatisme du tableau noir », qui empêche tant de gens de parler en public).

En résumé, un enfant « passe un (très) mauvais quart d’heure » au tableau, parce qu’il se sent stupide, seul, honteux devant le groupe classe et l’enseignant. Son inconscient, protecteur comme toujours, s’arrange pour qu’il ne soit plus jamais dans une situation aussi douloureuse. Résultat : il fuit les groupes, les réunions professionnelles, les fêtes, « au cas où » il ressente de nouveau la même humiliation, le même sentiment de rejet, etc.

Il n’y a pas que cela, bien sûr : une « mauvaise note » inattendue pour un enfant habitué à réussir, des drames de cours de récré (le meilleur copain qui s’éloigne de façon incompréhensible), et tant d’autres « petits » événements qui peuvent tout à fait passer inaperçus, même pour des parents aimants, même pour l’enfant lui-même : « on ne va pas faire un drame pour ça, quand même… ». Eh bien, quelquefois : si. 

 

2. Usure progressive

Certains traumas ont pour conséquences une usure progressive de la confiance en soi, et de l’attrait pour certains apprentissages.  C’était la situation de Sandra, qui avait mal au ventre  à chaque cours de maths, de la 6e à la terminale. Voir l’article + vidéo : l’EFT pour comprendre les maths

Je redis : ce qui définit un drame (ou un trauma), c’est les croyances qui vont se former suite à cet événement. On peut y ajouter : et leurs conséquences ! Si le rêve de la jeune fille à l’époque était un métier scientifique, c’était mal parti.

Quelles croyances a-t-elle développées ? 
les maths, ce n’est pas pour elle. Ainsi que tout ce qui y ressemble, même de loin. 
– pire, elle a conclu que elle-même avait un problème, qu’elle n’était pas douée, en maths et en tout, quant à faire. Dans la vidéo, elle découvre que les équations et formules ne sont pas si compliquées, et qu’elle en comprend très bien le principe. Au point d’en conclure qu’elle a compris plus de choses en 3/4h que dans toute sa scolarité. 
Normal : un blocage émotionnel (= une peur profonde) empêche la logique de fonctionner. Allez faire des maths dans ces conditions… 

 

3. « Apprentissages » toxiques

Encore une fois, nos croyances toxiques ne proviennent pas toutes de la scolarité, loin de là ; et certains passent plus ou moins au travers.  Mais regarder nos croyances limitantes à travers le prisme des traumatismes scolaires me paraît de plus en plus contructif. 

Le sujet est tellement vaste qu’on ne que l’effleurer ici. A l’école, comme dans tout groupe dirigé par une autorité, on apprend que : 

  • le chef a toujours raison (apprentissage de la soumission)
  • donc que nous avons tort, que nous sommes petits et faibles (impuissance apprise)

Comment ça « prend » aussi bien ? A cause de la parole des « grands », et de l’effet du groupe. Les petits arrivent à la maternelle, les yeux rivés sur ce que font les « grands », ou tout simplement sur les attitudes validées par la maîtresse. On leur a raconté qu’il fallait être « bien sages » en classe, ne pas parler, et que tout cela était normal. Alors, ça passe…

Liberté d’expression à l’école ? LOL 

– Tu exagères ! On n’est pas en prison, à l’école, quand même. On peut s’exprimer. 
– Mais oui bien sûr 😒. Au fait, quelqu’un qui conquiert des territoires qui ne lui appartiennent pas, qui massacre ses habitants, qui envoie des milliers de gens se faire tuer pour lui et en tuer des milliers d’autres, c’est un héros ? 
– Euh …
– Et Louis XIV et Napoléon, c’est des héros ? 
– Ah oui oui, c’est des grands hommes, ils ont travaillé pour la gloire du pays, ils ont construit des beaux châteaux…
Encore que, après ce qu’on vient de dire, à la réflexion …🤔
– OK. ils ont fait tout ce qu’on vient de dire : voler des territoires et des biens, et massacrer des millions de gens. Pouvais-tu poser ce genre de questions quand tu étais à l’école primaire ? 
– oh non, quand même, ça ne se fait pas. 
– et POURQUOI ????? ❓❓❓

Tout est dit, là, non ? on n’a pas le droit de poser des questions qui fâchent.  Juste le droit de dire ce qu’on nous autorise à dire et à penser. Et même pas le droit de nous en apercevoir au bon moment. 

 

Rébellion et soumission : les deux faces d’une même pièce

– Mais regarde, maintenant à l’école, on ne respecte plus rien. Regarde comment les ados parlent à leurs profs ! 
– On est d’accord, c’est inqualifiable. Mais cela n’a rien à voir avec la liberté d’expression : il n’y a aucune liberté réelle, aucune conscience, dans le fait d’injurier quelqu’un, de se moquer de lui, de le dévaloriser. C’est seulement cracher ce qui étouffe, ce qui s’accumulait à l’intérieur. Comme un ado nourri à la malbouffe et plein de frustrations va faire des crises d’acné. 
– Tu leur cherches des excuses, en plus… 
– Pas du tout. Ils sont quelques symptômes d’une société malade, mais ça ne veut pas du tout dire que j’approuve leur attitude. Encore moins que je la trouve constructive : la rébellion et la soumission sont les deux faces de la même pièce, celle où on dit toujours non, et celle où on dit toujours oui.  


La vraie liberté de penser consiste à réfléchir avec les autres, pas à argumenter dans le but de se croire plus fort que l’autre, d’avoir « raison ». Ce n’est pas toujours simple, beaucoup considèrent les discussions comme des combats. S’ils veulent jouer à ça, il vaut mieux qu’ils fassent du catch ! 

 

Pour aller plus loin

Une fois qu’on a pris conscience des traumatismes scolaires, on voit que c’est une piste très souvent utile : dans ce cas, il est urgent de les effacer.
Encore une fois, pour certains, ce n’est pas LA piste prioritaire.
Mais pour vous ? 

Si cet article vous a parlé, des séances individuelles peuvent vous être utiles. 

D’autre part, j’organise souvent des ateliers gratuits sur ce sujet et sur bien d’autres : 

 

 

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