Je précise : les fautes d’orthographe ne fatiguent pas seulement le cerveau de celui qui les lit. Mais surtout, de celui qui les fait.
Pour simplifier, je vais parler d’enfant dans ce qui suit. Mais cet article concerne toute personne dont l’orthographe est, disons, très souvent inhabituelle, hors normes. En particulier les dyslexiques et dysorthographiques, mais pas seulement.
Faire des fautes d’orthographe fatigue le cerveau de celui qui les fait. Pourquoi ?
Une orthographe défectueuse provoque d’innombrables « micro-efforts » de déchiffrage : la langue écrite conventionnelle ne correspond pas vraiment à celle que l’enfant a en tête (une langue très floue, d’ailleurs).
Alors, tout ce qui touche à la lecture / écriture va être beaucoup plus fatigant.
D’où le manque d’attention, au bout d’un moment de concentration : il a couru le marathon pendant que d’autres se sont promenés tranquillement.
Vérification immédiate
Faites-vous le « plaisir » de lire ce « merveilleux » texte . Allez, on ne s’arrête pas au bout de deux lignes, on le lit jusqu’au bout !

Et encore, il n’y en a pas 3 pages, et vous échappez aux fautes de ponctuation !
Réussi ? Vous n’avez pas trop mal à la tête ?
Et vous vous souvenez de ce que vous avez lu ?
Votre enfant vit peut-être cela tous les jours
Je répète le plus important : « Vautre anfan viz pe etre lequivallan tou lé jour », pardon : « Votre enfant vit peut-être l’équivalent tous les jours ».
J’exagère peut-être.
Je le lui souhaite et je vous le souhaite. Mais ça donne une idée.
Pourquoi avez-vous eu tant de mal à lire cet épouvantable texte ?
Parce qu’après chaque mot, chaque morceau de phrase, votre cerveau se crée des attentes. Et qu’au lieu de réponses vraisemblables, faisant partie d’un certain champ lexical, vous trouvez des réponses … extraterrestres.
Exemple : si vous lisez dans un texte « J’ai mangé… », votre cerveau s’attend à « des carottes, des frites, du chou-fleur… », mais pas à « un caillou apporté par un tyrannosaure », et encore moins à « caillou maison sdlkeydfsklj ». D’accord ?
Autre exemple, extrait du texte ci-dessus :
« Vautre anfan », aïe, déjà c’est « votre enfant ». Bon, que lui arrive-t-il à mon enfant ? Il joue ? il lit ? il écrit ? Non. « viz ». Hein, quoi ???
Qu’est-ce que c’est, « viz » ? Je lis plus loin : « viz pe etre ».
C’est quoi ce truc ? « Vit peut-être ? Voit peut-être ? » .
Voit quoi, vit quoi ? « vit lequivallan tou lé jour ». L’équivalent de quoi, déjà ?
Et vous retournez en arrière, etc. etc.
Vous voyez le nombre d’opérations mentales, pour lire une toute petite ligne ?
SVP, compassion pour les « fauteurs d’orthographe »…
« Fauteur d’orthographe », comme fauteur de trouble.
Faute d’orthographe, comme Faute Morale. Si on dédramatisait un peu ? Dans d’autres langues, le mot « faute » d’orthographe est différent du mot « faute », au sens « faute morale ». Voir cet article : Faire des fôtes d’ortograf conduit-il en enfer ? (Orthographe et culpabilité)
Quelques conséquences de cet épuisement cognitif .
Il y aurait de quoi écrire des livres entiers sur ce sujet. Mais on va faire court :
Vous avez vu les difficultés que vous avez éprouvées en lisant ce texte « bizarre » ? Même en les divisant par 10, ça fait beaucoup en fin de journée.
Donc, après avoir travaillé ainsi pendant quelques heures, –
- votre enfant est épuisé, et ne comprend plus grand chose à ce qu’il apprend.
- l’institution scolaire n’est pas souvent aimable à son égard : « il est paresseux, il est lent, il ne travaille pas assez ». Pire encore : « il est limité, il a des petits moyens ». J’en suis peut-être au dixième article de mon blog où je peste après cette phrase tellement injuste, horrible, cruelle, affreuse, innommable.
Pourtant : La lenteur n’est pas de la paresse ; c’est le signe d’un cerveau qui travaille double. - Conséquence : soit il se construit une solidité inaltérable (heureusement, ça arrive), soit : il se décourage, il perd sa confiance en lui, et ressent un dégoût croissant des apprentissages.
De plus, s’il ne s’est pas réconcilié avec l’orthographe quand il sera adulte… on comprend vite les problèmes que cela peut poser dans certains métiers.
Pour se réconcilier (en douceur !
) avec l’orthographe :
J’organise souvent des ateliers de 3 ou 4 séances sur différents points de l’orthographe : conjugaisons, orthographe d’usage, etc.
L’idée est qu’en quelques séances, le progrès soit réel, et visible. Et que ce soit le plus ludique possible.
Tout cela sans aucun jugement ni culpabilisation !!!
Pour en savoir plus sur ces ateliers, pour y inscrire votre enfant, voir dans la Boutique, ou dans AGENDA.


