Pourquoi la France est-elle si centralisée ? (une hypothèse liée à l’inconscient collectif)

Le mouvement des Gilets Jaunes a de nombreux points communs avec la Révolution de 1789 (les cahiers de doléances, les sans-dents et les sans-culottes, la misère grandissante face aux dorures du pouvoir central… ).

. D’où quelques détours par l’histoire pour essayer d’y voir plus clair ; et des trouvailles imprévues.

 

 

Ma trouvaille d’aujourd’hui, c’est (peut-être) une réponse à la question : pourquoi la décentralisation semble-t-elle un sujet aussi « chaud-bouillant » dans l’inconscient collectif français ?

 

Je précise pour les historiens ou passionnés de politique qui passeraient par là : je suis avant tout thérapeute. Quand je m’aventure dans des domaines que je connais beaucoup moins, je le fais en m’appuyant sur mes connaissances de psychologie, pour regarder ces domaines depuis ce point de vue. Alors, si vous trouvez des inexactitudes dans ce que je dis, ou que vous ne partagez pas les conclusions que je tire, vos précisions sont les bienvenues : en bas de l’article, dans les commentaires.

 

 

La décentralisation, un sujet brûlant

Je lis le très intéressant article intitulé :  « Un mythe politico-administratif, Girondins versus Jacobins ou Paris contre les provinces ? » (par Jean-Clément MARTIN, Professeur émérite Université Paris 1-Panthéon Sorbonne)

 

Et je réalise soudain : au fait, oui, beaucoup d’autres pays sont organisés en fédérations : les Etats-Unis d’Amérique, la Suisse et ses cantons, l’Allemagne et ses Länder (« l’Etat fédéral allemand. Celui-ci est composé de 16 Länder fédérés qui possèdent la qualité d’Etats au même titre que la Fédération, l’Etat central. »), et tant d’autres pays…

 

En France, on a des régions et des départements, d’accord. Mais ça n’a pas l’air pareil.

 

Mouvements autonomistes

Apparemment, le système français ne satisfait pas tout le monde, loin de là.  Pour les Bretons, les Basques, les Corses, et tant d’autres (pardon à ceux que je n’ai pas cités), c’est une blessure encore ouverte. Ce qui a suscité de nombreuses révoltes au cours de l’histoire, même récente.

 

Les « langues régionales »

Dans la plupart des pays, il y a plusieurs langues officielles, on parle la langue que l’on souhaite.

Suisse : cantons et zones linguistiques; droits d’auteur : cliquer sur l’image.

 

  • En Suisse, l’allemand, le français, l’italien et le romanche sont les quatre langues nationales parlées; les trois premières étant en usage officiel pour les rapports à la Confédération ou aux cantons.

 

  • En Espagne, 5 langues ont un statut officiel, dont quatre correspondent à des communautés autonomes : le castillan, ou « espagnol » (langue officielle de l’Etat), le Catalan, co-officiel en Catalogne ; même co-officialité pour le basque, le galicien et l’aranais, pour les communautés autonomes correspondantes.

 

  • En Côte d’Ivoire, et dans de nombreux pays d’Afrique, la langue officielle est malheureusement celle de l’ex-colonisateur. Mais le motif est compréhensible : pour prendre l’exemple de la Côte d’Ivoire, on y dénombre quelque 70 langues, 17 seulement sont parlées par 100 000 locuteurs ou plus. Donc quelles langues officielles choisir pour ne pas créer de conflits sans fin ? Allez, un point partout : ce sera le français.

 

Si on regarde au-delà de nos frontières, on voit qu’il y a des solutions partout. Alors, pourquoi en France, c’est si compliqué ?

 

Une « grande idée », qui a fait des dégâts terribles.

Les « Hussards noirs de la République », c’est le nom qu’on donnait aux enseignants, dans les débuts de l’école « gratuite, laïque et obligatoire », à la fin du XIXe siècle.
Ils avaient une « mission sacrée » : obliger tous les enfants à parler français. En leur faisant porter une sorte de « collier d’infamie », dès qu’ils articulaient un mot de leur langue maternelle.

Je suppose qu’ils croyaient sincèrement travailler pour le bien de la France.

 

On imagine les énergies que cette maltraitance implantait dans l’inconscient collectif… Une véritable bombe à retardement.

 

Pourquoi ces horreurs ?

Je reviens à ma question : pourquoi ces horreurs se sont-elles produites en France, alors qu’ailleurs, il semble que ce soit plus simple ?

 

C’est là que l’article de JC Martin me semble une clé. Les citations de lui sont en italique et entre guillemets tout au long de cet article.

 

Les « traîtres » girondins.

« Comment comprendre que dans un dédoublement proprement schizophrénique nous continuions à nous partager entre la dénonciation de l’hydre étatique et le rejet de l’éclatement provincial ?

Dans l’imaginaire que nous prenons pour notre culture nationale, le couple « jacobins – montagnards » / « girondins », ou « centralisateurs »/ « fédéralistes », est l’une des buttes témoins laissées par 1793. » (JC Martin).

 

« L’imaginaire que nous prenons pour notre culture nationale… » : J’aime beaucoup cette expression ; elle permet de prendre de la distance vis-à-vis de nos si nombreuses Certitudes Sacrées, qu’elles concernent la culture nationale ou autre chose. Il y a tant d’imaginaire sous nos certitudes, en fait sous nos croyances. C’est toujours utile de de rappeler.

 

Les « bons révolutionnaires » et les « mauvais »

Extraits du même article :

« Depuis la Révolution française :

  • le centralisme parisien est en effet identifié aux Montagnards confondus avec les Jacobins, défenseurs intransigeants de la République une et indivisible.
  • Autour d’eux, auraient rôdé Girondins et autres fédéralistes, rêvant de fractionner l’unité du pays en fédérations provinciales […] La traîtrise girondine aurait été aggravée par des liens plus ou moins affichés avec les royalistes ».

 

Voilàààààà ! C’est la clé : « des liens, plus ou moins affichés, entre les Girondins et les royalistes ! ».

 

Continuons. (là, JCM parle encore du « mythe national ») :

« La force unificatrice de la France de l’an II, confondue avec celle des armées combattant aux frontières, aurait donc eu à affronter également les forces contre-révolutionnaires et destructrices de l’unité ».

Puis il reprend :

« La dichotomie a l’avantage de la simplicité, mais l’inconvénient d’être une légende. »

J’aime aussi cette phrase : la réalité est toujours tellement plus complexe que l’image qu’on s’en fait. La dichotomie, c’est rassurant (en apparence) : surtout parce qu’on se place toujours du côté des « bons ».

 

 

Des ex-frères, devenus ennemis : Jacobins, Montagnards, Girondins

« Rappelons d’abord que Montagnards et Girondins furent deux composantes du club des Jacobins jusqu’à la fin 1792, quand les Girondins le quittèrent.
A ce moment-là, ces derniers étaient au pouvoir, conduisant la guerre contre l’Autriche et la Prusse, pour laquelle ils mobilisaient toutes les énergies, ne supportant même pas que des municipalités puissent discuter les ordres de l’Assemblée. En parfaits centralisateurs
(ne lisez pas trop vite, on parle toujours des Girondins !), ils luttaient contre toutes les déviations possibles sur leur droite comme sur leur gauche ».

Suite à de nombreux conflits de « politique politicienne », et à des guerres aux frontières contre les partisans de la royauté,  « Les Girondins furent assimilés aux fédéralistes, confondus avec la Contre-Révolution, donnant l’impression que le Paris montagnard et sans-culotte avait sauvé la Révolution et donc la République et la France. »

 

 

Décentralisation et inconscient collectif

Je répète la phrase ci-dessus : « Les Girondins furent assimilés aux fédéralistes, confondus avec la Contre-Révolution, donnant l’impression que le Paris montagnard et sans-culotte avait sauvé la Révolution et donc la République et la France. »

 

En d’autres termes :

  • Les Girondins sont fédéralistes
  • Les Girondins sont des contre-révolutionnaires, opposés au progrès social, à la République, à la démocratie, bref des « super méchants ».

« Donc » : les fédéralistes sont des méchants, opposés qu’ils sont au progrès social, à la République, et à la démocratie.

 

Zéro en logique… mais ça n’empêche rien.

« Super raisonnement » (LOL !) , où :

  • les deux prémisses sont fausses (parce que beaucoup trop approximatives et faites de généralités abusives),
  • et la conclusion n’est pas logique, d’un point de vue purement mathématique.

 

Ce qui n’a pas empêché cette « logique totalement illogique » de s’implanter profondément dans l’inconscient collectif français.

 

Les grésillements de l’inconscient collectif

En d’autres termes : « Si on souhaite que les cultures régionales puissent s’épanouir librement, et apporter chacune leur spécificité au monde, on est une sorte de dictateur, qui s’oppose fermement au progrès social, et à la démocratie ».  Cherchez l’erreur… 😉

 

La meilleure, c’est qu’en écrivant ces dernières lignes, je ressens une vague peur diffuse : sans doute  l’inconscient collectif qui « grésille » devant un tel blasphème… Après tout, l’inconscient collectif est un champ magnétique.

 

 

Comment nos cerveaux émotionnels à tous ont-ils pu intégrer de telles absurdités ?

De toute façon, le cerveau émotionnel n’est pas fait pour être logique : ce n’est pas sa fonction. On ne reproche pas aux pieds de ne pas attraper les objets avec la même aisance que les mains, c’est exactement la même chose.

 

Je suppose que l’inconscient collectif de la période révolutionnaire s’est imprégné d’une immense vague d’espoir, qui peut se formuler ainsi : « en décapitant les royalistes, et en s’accrochant de toutes nos forces au pouvoir central qui nous en protège, nous allons enfin être heureux ».

 

On le comprend, cet immense désir de bonheur, on l’a tous : ils ont certainement enfin cru qu’ils y étaient arrivés. Au point que l’égrégore (champ magnétique) hyper puissant créé à cette époque a résisté à tout : à la Terreur, à deux empereurs, à trois rois, à certains présidents qui vivent comme des rois, au dialogue avec d’autres pays pour qui la décentralisation n’est pas un problème, mais plutôt une solution. Tout plutôt que de perdre ce formidable espoir.

Impressionnant, le poids de l’inconscient collectif…

 

Et si on cherchait à le satisfaire autrement, ce magnifique désir de bonheur ? En cherchant en nous-mêmes, par exemple…


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