L’école de Jules Ferry : instruire ou uniformiser ?

J’ai longtemps cru que Jules Ferry avait beaucoup apporté à l’éducation, que les « Hussards Noirs de la République » souhaitaient vraiment le bonheur des enfants.
Malgré la violence de leur nom, leur violence tout court, et leur psychorigidité.
Mais que voulez-vous, « il faut bien replacer les choses dans leur contexte historique « ! 

Au cours de ma formation d’instit, on a enfoncé le clou : c’est grâce à ce « héros » que toute la population sait maintenant lire et écrire. 
En bonne élève, je me suis documentée sur lui… et j’ai trouvé des infos qui ne m’ont pas plu : il soutenait la colonisation. J’ai encore tenté de « replacer les choses dans leur contexte historique « , on ne va pas le juger sur ça, c’était l’époque. Et puis c’était juste une opinion, il était trop occupé pour y réfléchir davantage,  il a fait « de si grandes choses ». 

Puis, j’ai continué à me documenter. Et j’ai déchanté définitivement. Ce n’était pas une vague opinion exprimée à l’occasion, l’école laïque et obligatoire était une arme puissante pour casser toutes les cultures, en France, et dans les colonies. 😢😡

Je n’aime pas beaucoup faire écrire mes articles par Chatgpt, mais il faut reconnaître que comme documentaliste, il est top. … A condition de bien lui poser les questions, il évolue vite du point de vue « officiel » à des points de vue plus intéressants.

Dans les articles où j’utilise l’IA : j’écris ses réponses en italiques, ce qui est écrit en « normal » vient de moi. 

 

Les motivations de l’école laïque, gratuite et obligatoire

Ma question à l’IA portait sur les motivations et conséquences de la « sacro-sainte » école laïque, gratuite et obligatoire, décrétée en 1881 par Jules Ferry. 
Résumé de la première réponse de Chatgpt : 

  • Point de vue n°1 : l’école de Jules Ferry constitue un puissant outil d’émancipation par l’accès généralisé au savoir.
  • Point de vue n°2 : elle constitue également un puissant outil de construction d’une société homogène, républicaine et disciplinée.

C’est précisément cette double fonction — émanciper l’individu et former le citoyen attendu par la société — qui rend l’histoire de l’école républicaine particulièrement intéressante.

 

Réfléchis, Chatgpt ! 😂

Je viens de te demander de mémoriser définitivement : cherche toujours plus loin que les informations officielles. Beaucoup plus loin. C’est le moment de mettre en pratique.
En quoi Jules Ferry a contribué ++ à la colonisation ? « Nos ancêtres les Gaulois » en Afrique et aux Antilles, par exemple. Et à l’acculturation des provinces françaises. Combien de véritables langues (le breton, l’occitan, …) et de dialectes (normand, ..) ont été effacés par l’école ? [remarques intéressantes de l’IA à propos de mon emploi du mot « dialecte » à propos des langues normandes, dans un article à venir « Jules Ferry a-t-il colonisé la Normandie ? »]
Et des centaines de langues africaines, et tant d’autres ?
 

Sur ce sujet, le tableau devient beaucoup plus dur que la présentation habituelle de « l’école gratuite, laïque et obligatoire ».

Jules Ferry n’est pas seulement l’homme des lois scolaires de 1881-1882. Il est aussi l’un des principaux théoriciens et acteurs de l’expansion coloniale française. Sous ses gouvernements, la France impose son protectorat à la Tunisie en 1881, intervient en Indochine — notamment au Tonkin et en Annam — et poursuit son expansion à Madagascar. En 1885, Ferry justifie explicitement cette politique par trois arguments : les débouchés économiques, la puissance internationale et la « mission civilisatrice ». Il affirme même devant la Chambre que les « races supérieures » ont un « devoir de civiliser les races inférieures ». Ce n’est donc pas une interprétation rétrospective : c’est son propre discours politique.

 

L’école et la colonisation

Il faut cependant distinguer Jules Ferry lui-même de ce qui sera développé après lui en son nom ou dans la continuité de la IIIᵉ République.

L’école coloniale devient effectivement un instrument de domination culturelle. En Afrique occidentale, les premières écoles françaises enseignent en français et tendent à évincer les langues locales. Elles servent aussi très concrètement à former des auxiliaires africains capables de travailler dans l’administration coloniale.

C’est assez révélateur : en 1902 est créée à Paris une École Jules-Ferry, école normale spécialement destinée à former les instituteurs envoyés dans les colonies. Il existe ensuite des sections « Madagascar », « Afrique occidentale », « Indochine », etc.

Donc oui : école républicaine et entreprise coloniale sont historiquement beaucoup plus liées qu’on ne le raconte souvent.

 

« Nos ancêtres les Gaulois » : vrai, mais attention à la légende simplifiée

Ici je corrigerais légèrement ce qu’on entend souvent.

  • Point de vue n°1 : il est incontestable que le roman national français, centré sur la Gaule, les grands hommes et la continuité supposée de la « France », a été enseigné dans l’Empire et aux Antilles. Aux Antilles, des générations ont effectivement reçu des programmes largement calqués sur ceux de métropole.
  • Point de vue n°2 : dire que tous les petits Africains apprenaient littéralement « nos ancêtres les Gaulois » est trop simple. Les politiques variaient selon les époques et les colonies, et certains programmes coloniaux furent spécifiquement adaptés. Des historiens vont jusqu’à considérer l’image systématique du petit Sénégalais récitant cette phrase comme une légende historiographique.

Ce qui me paraît beaucoup plus important que la formule elle-même, c’est le fond : l’histoire enseignée était structurée à partir de la France, tandis que les histoires, cultures et savoirs locaux étaient fortement minorés.

 

Et en France métropolitaine ?

Là aussi, il y a eu une véritable politique d’homogénéisation.

À la fin du XIXᵉ siècle, la France est loin d’être linguistiquement française au sens actuel. Breton, basque, catalan, occitan, corse, flamand, alsacien, francique, francoprovençal côtoient une multitude de langues d’oïl : normand, picard, gallo, poitevin-saintongeais, bourguignon-morvandiau, champenois, lorrain, franc-comtois…

Et attention au mot « dialecte » : linguistiquement, la frontière entre langue et dialecte est souvent politique plutôt que scientifique. Le normand ou le picard, par exemple, sont aujourd’hui officiellement classés parmi les langues de France. Le ministère de la Culture reconnaît même huit langues d’oïl distinctes.

Le français devient à l’école la langue du savoir, de la réussite sociale et de la citoyenneté. Les autres langues sont longtemps désignées comme des « patois », avec une forte dévalorisation sociale. L’effet majeur est moins leur disparition immédiate que la rupture de transmission familiale : beaucoup de parents cessent progressivement de parler leur langue à leurs enfants pour leur éviter d’être défavorisés.

 

Combien de langues ont été « effacées » ?

C’est là que je ne veux pas inventer un chiffre spectaculaire : on ne peut pas donner sérieusement un nombre de langues “détruites par l’école”.

On peut en revanche mesurer l’ampleur du patrimoine concerné. Le rapport Cerquiglini de 1999 recensait 75 langues de France, dont environ cinquante outre-mer. En 2026, le ministère en recense désormais plus de 76.

En métropole, une bonne vingtaine de grands ensembles linguistiques ou langues régionales subsistent officiellement, certains comprenant plusieurs variétés majeures. Ils ne sont donc pas « effacés » au sens d’extincts. Mais beaucoup ont subi au XXᵉ siècle un effondrement spectaculaire du nombre de locuteurs et surtout de la transmission aux enfants.

 

 

Et l’Afrique ?

L’échelle change complètement.

L’Afrique compte plus de 2 000 langues aujourd’hui. Les territoires ayant appartenu à l’empire français en comptaient — et en comptent toujours — plusieurs centaines.

Mais dire que « la France a supprimé des centaines de langues africaines » serait historiquement trop fort. Beaucoup existent toujours : wolof, bambara, peul, soninké, ewe, fon, kabyle, lingala, sango, etc.

Ce que la colonisation française a largement réussi à faire, en revanche, c’est établir une hiérarchie linguistique durable :

français = administration, école, diplôme, pouvoir, mobilité sociale

et

langue locale = famille, oralité, vie quotidienne.

Cette hiérarchie survit largement aux indépendances. L’école coloniale n’a donc pas forcément « tué » les langues ; elle a souvent dévalorisé leur statut et exclu leur usage des institutions les plus prestigieuses. C’est un mécanisme d’acculturation beaucoup plus profond qu’une simple interdiction.

Et il y a un parallèle assez frappant : la même République qui transformait le Breton, l’Occitan ou le Normand en “patois” à l’intérieur pouvait présenter le français comme langue universelle et civilisatrice à l’extérieur.

C’est probablement une dimension à ajouter à ton texte précédent : l’école de Ferry ne visait pas seulement à instruire. Elle participait à un projet beaucoup plus vaste de fabrication d’une population culturellement homogène en métropole et d’expansion de la culture française dans l’Empire. L’émancipation par le savoir est une partie réelle de son histoire ; l’acculturation et la normalisation en sont une autre.

 

A l’heure actuelle, une autre colonisation linguistique : l’anglais

Depuis quelques années, la mode est de placer des mots anglais partout, y compris quand ils n’ont aucune utilité. A croire que cela fait mieux. Pourquoi ???

J’aime l’Angleterre, j’aimerais parler anglais couramment, mais … quand ça sert à quelque chose. Et je n’ai aucun goût pour le chauvinisme ni le nationalisme : pour moi, mon pays c’est la Terre, mieux encore l’Univers. Nous sommes tous Reliés à la Source, le reste n’est qu’anecdotique. 

Ce qui me glace, c’est de voir : 
– des gens qui travaillent beaucoup sur eux, qui ont des analyses politiques qui me semblent pertinentes, mais qui placent des mots anglais à tout bout de champ, d’une façon pas toujours compréhensible par leurs interlocuteurs. Quelle hypnose collective les amènent à ça ? Nous amène à ça ? 
– des cinéphiles qui ne sont pas gênés de ne pas comprendre les titres de leurs films préférés. Je suis toujours surprise de constater qu’ils ne se posent pas la question. A croire que c’est normal.
Une fois de plus : Quelle hypnose collective les amènent à ça ? Nous amène à ça ? De quel égrégore sommes-nous captifs ? Et  combien de fois dans une journée le renforçons-nous ? 

 

Plutôt que de passer une heure à trouver quelques exemples, j’ai demandé à Chatgpt de le faire. Il y en a tellement que c’est le sujet d’un autre article : La mode de placer des mots anglais partout . Il ne s’agit pas d’une simple énumération, il y a vraiment de quoi réfléchir sur l’évolution des langues, et des jeux de pouvoir cachés derrière. 

 

 

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