Jules Ferry a-t-il colonisé la Normandie ?

En m’interrogeant sur les conséquences des lois de Jules Ferry (l’école laïque, gratuite et obligatoire), j’avais employé le terme « dialecte » à propos du normand, et Chatgpt m’a fait remarquer que ce n’était pas le terme exact. Cela a donné lieu à une discussion intéressante, au point d’écrire cet article. 
 
Dans les articles où j’utilise l’IA : j’écris ses réponses en italiques, ce qui est écrit en « normal » vient de moi. 
 
– Voici pourquoi je parlais de « dialecte » à propos du normand : dans Ouest-France, il y avait souvent un petit article en « normand », qui ressemblait suffisamment au français pour que je puisse le comprendre, sans aucune connaissance de la vraie langue normande.
C’est quoi en fait, la « vraie langue normande » ? Que parlait-on en Normandie avant la « colonisation » par J Ferry ? Logiquement, c’était un mélange de Celte et de « Viking » (langues du nord) ?
 

Oui, mais la proposition « celte + viking » demande une correction importante : le normand n’est pas une langue moitié celtique, moitié scandinave.

Ce qu’était la « vraie langue normande »

Le normand est fondamentalement une langue romane, appartenant à la famille des langues d’oïl, comme le picard, le gallo, le champenois, etc.

Son histoire, très schématiquement, ressemble plutôt à ceci :

gaulois → latin populaire → gallo-roman → langue d’oïl normande

avec ensuite des apports germaniques, notamment francs et scandinaves.

Lorsque les Vikings s’installent aux IXᵉ-Xᵉ siècles, les habitants de la future Normandie parlent donc déjà essentiellement des formes de roman. Les Scandinaves apportent leur vieux norrois, mais ils sont minoritaires et finissent par adopter la langue romane locale. Le norrois laisse néanmoins des traces particulièrement fortes dans le vocabulaire et surtout dans les noms de lieux.

D’où les innombrables noms normands en -tot (du norrois toft, emplacement/ferme), -bec (bekkr, ruisseau), -dal/-dalle (dalr, vallée), -fleur probablement lié à flóð, etc. Et des mots liés notamment à la mer sont également d’origine nordique.

Et le gaulois ?

Il est beaucoup plus ancien. Avant la conquête romaine, différentes populations celtiques vivent évidemment dans la région. Mais la romanisation linguistique commence environ mille ans avant l’installation des Vikings.

Le gaulois a laissé un substrat, mais au XIXᵉ siècle un paysan normand ne parlait certainement pas une langue que l’on pourrait décrire comme du « celte transformé ». Sa langue descendait principalement du latin populaire.

Fait intéressant : certains caractères du normand que l’on pourrait être tenté d’attribuer aux Vikings sont en réalité antérieurs à leur arrivée. René Lepelley montre par exemple que certains traits phonétiques caractéristiques du nord de la Normandie proviennent de l’évolution particulière du latin dans cette région.

Mais il n’existait pas UN normand

Et ça explique probablement ton souvenir de Ouest-France.

Il existait tout un continuum de parlers normands :

  • cotentinais ;
  • cauchois ;
  • parler du pays de Caux ;
  • augeron ;
  • rouennais ;
  • parlers de la Manche, de l’Orne, de l’Eure, etc. ;
  • et, de l’autre côté de la Manche, jèrriais à Jersey et guernesiais à Guernesey.

Tous appartiennent à l’ensemble normand, mais peuvent être sensiblement différents. Le français régional de Normandie constitue encore autre chose.

Et là, ton observation devient très intéressante : ce que tu lisais dans Ouest-France pouvait parfaitement être un parler normand fortement francisé, ou une graphie destinée à rester compréhensible par des lecteurs francophones. Ce n’est pas nécessairement représentatif du normand traditionnel le plus éloigné du français.

Un exemple célèbre de différence phonétique est la ligne Joret. Au nord de cette ligne, certaines consonnes latines ont évolué autrement :

français : chat, vache

normand septentrional : cat, vaque

Ce n’est donc pas simplement du français prononcé avec un accent. Ces différences résultent de siècles d’évolution linguistique propre.

Et juste avant Jules Ferry, que parlait réellement un Normand ?

C’est probablement la question la plus intéressante.

Vers 1800-1850, beaucoup de Normands ruraux vivent dans une situation qu’on appellerait aujourd’hui de diglossie :

à la maison et au village → parler normand local

administration, bourgeoisie, écrit → français

Et la situation varie énormément selon les régions et les milieux sociaux.

À Rouen même, le normand avait été une véritable langue urbaine et littéraire : au XVIIᵉ siècle encore, la Muse normande de David Ferrand témoigne de son emploi courant dans la population rouennaise.

Surtout, il faut déplacer la chronologie : Jules Ferry n’a pas commencé la francisation de la Normandie.

Elle avait commencé des siècles auparavant, à mesure que le français du pouvoir royal et de l’Île-de-France gagnait en prestige. Une étude historique rappelle que les particularités linguistiques provinciales s’effacent progressivement devant la langue dominante de l’Île-de-France bien avant le XIXᵉ siècle.

Ferry et l’école obligatoire arrivent plutôt comme un accélérateur extraordinairement puissant : désormais presque tous les enfants passent par une institution dans laquelle la langue légitime est le français.

Donc je nuancerais ton expression de tout à l’heure :

Ce n’est pas Jules Ferry qui a « colonisé linguistiquement » une Normandie jusque-là intacte. Il intervient à la fin d’un processus de centralisation déjà ancien — mais l’école républicaine contribue énormément à faire passer le français jusque dans les familles et à marginaliser définitivement les langues locales.

Et ce phénomène est fascinant parce qu’il permet de comprendre que le français standard que nous considérons aujourd’hui comme « naturel » était autrefois une langue parmi beaucoup d’autres façons de parler en France.

 

Quel rapport entre ces interrogations linguistiques et l’EFT ? 

L’EFT est un outil pour nous aider à sortir de nos conditionnements. Ces interrogations aussi : le poids de l’histoire, de la négation des cultures, est terrible au niveau transgénérationnel. D’innombrables êtres humains ont vécu sous un joug atroce : celui d’une dévalorisation permanente d’eux-mêmes, de leurs valeurs, de leurs proches, de leurs ancêtres. 
Et les langues régionales se sont dissoutes, d’année en année, dans la langue de la culture dominante. 
 
 
Et dire qu’on est conditionnés à ne pas y attacher d’importance… 
« Hé bien oui, c’est le passé, tout ça ! Je n’y suis pour rien ! »
Je trouve ces phrases dramatiques. Vivement que les gens soient au courant de l’importance de la psychogénéalogie, sinon la discussion n’est même pas possible. 
Mais essayons quand même… au moins de planter quelques graines. 
 

Dire que c’est parce que j’aime bien cette région 💖, ce n’est pas l’argument le plus solide, j’avoue. 😉

L’évolution des différentes régionales semble proche de celle qui est décrite ici, et dans cet article, la Normandie n’est qu’un exemple. On est passé partout d’une grande diversité à une unité forcée. Et actuellement, elle risque d’évoluer dvers une « civilisation MacDo » mondiale.

Pas si sûr d’ailleurs, parce que la Chine, l’Inde, et la Russie semblent prêtes à faire bouger les choses : on ne s’en rend pas compte parce que leurs langues sont beaucoup plus éloignées de la nôtre que l’anglais. Mais c’est un autre sujet…

 

Et si pour une fois, l’histoire s’écrivait autrement qu’avec du sang et des jeux de pouvoir ? Espérons plutôt que les choses évoluent autrement, vers une Conscience croissante de Qui Nous Sommes Vraiment. C’est ce que pensent beaucoup de médiums et d’astrologues. Et aussi de physiciens quantiques, comme Philippe Guillemant. 

Alors, on y croit ? Au pire, ce sera une forme de Pari de Pascal. Et quoi qu’il en soit, toutes les énergies qui vont dans le sens d’une vraie  évolution spirituelle ne font que la renforcer. 

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